P A R A L L E L BLOG (2.0)

Le blog officiel de la guilde des tourneurs-fraiseurs du Creusot


We are family

Il était écrit qu'il fallait rompre à l'exercice familial bimestriel, édition estivale, celle-ci revêtant le caractère particulier d'être "post-opératoire". Bref, aller visiter l'aïeul patriarche - le seul homme de la famille, joli lapsus - fraîchement sorti de l'hôpital. Il était écrit également que ce voyage, aussi bref fut-il, trainerait derrière lui son cortège habituel de passions névrotiques, tout en crises de larmes - la mère , d'hystérie - la grand-mère - d'angoisses - le fils, de méchanceté gratuite - le grand-père. Un quatuor feignant l'amour mais suintant, dans l'arrière cuisine, la tristesse et la solitude.
Magnifique portrait d'une famille qui agonise sous l'oeil insouciant de chacun, car faut-il vraiment porter le deuil d'une unité qui n'existe au fond que les fantasmes de petits enfants qui sommeillent paresseusement en chacun ?
Il mourra sûrement bientôt, lui, cet immigré espagnol qui a tout vécu : l'exil, deux guerres, et 40 ans d'inhalation de peintures toxiques dans les usines Renault. Eût-il été un père indigne et un mari violent que la mythologie familiale porte déjà en elle l'hagiographie que l'on reserve à ces hommes qui ont traversé le 20ème siècle avec la pugnacité suffisante pour faire taire leurs défauts.
Elle, sauvée par l'énergie de sa propre hystérie, mourra comme elle faillit le faire souvent : s'enivrant à mort jusqu'à tomber sur le carrelage froid de la cuisine. Peut-être l'histoire se chargera t-elle aussi d'oublier la haine que lui voue le reste de cette micro-famille : on oubliera sa bêtise épuisante, sa saloperie sans pareille quand il s'agissait d'utiliser sa fille de 11 ans comme couverture les jours où elle allait baiser ses amants - ou avorter.
Eux qui ont passé 58 ans à se haïr, époux par hasard et par conventions, seront enterrés côte à côté.
Il restera donc la fille, persuadée de n'avoir réussi qu'une chose - son fils - et raté tout le reste : elle vieillira et pleurera comme elle en a l'habitude, deterrant obscènement quelques secrets familiaux qui n'étaient pas tus par hasard. Lui, ne sachant que faire, lui prêtera son épaule comme à chaque fois, jurant qu'on ne l'y reprendrait plus. Ils retourneront de plus en plus rarement fleurir la tombe des "grands-parents", refusant de revenir vers ce bled paumé de la Charente où la campagne est laide, la misère est crasse, et le climat mauvais.
Et lui, dans tout ça ? Lui continuera à penser crânement que si toutes les familles sont psychotiques, la sienne l'est légèrement plus que les autres, tout en sachant que ce type d'assertion est d'un orgueil complaisant. Dernier hériter du nom de son grand-père - car son père n'aura pas voulu lui transmettre son patronyme, et, ironie de l'histoire, à la sexualité qu'on lui connaît, laissera probablement s'éteindre cette famille qui dépensait tant d'énergie à se haïr et si peu à s'aimer. Il traînera derrière lui ses idéaux surranés d'amour fidèle, les balançant au passage à la gueule des autres - tu vois, aimer, c'est comme ça et pas autrement, jusqu'à ce que ces mêmes autres se lassent, fort logiquement. Eternel angoissé et résolu procrastinateur, il laissera défiler sa vie n'intervenant que pour l'assomer un peu plus.

6 avis sensés et intelligents sur “We are family”

  1. # Anonymous Deanna

    Les situations à la con/tristes vont très bien à ta plume.  

  2. # Anonymous jake-

    Ces situations vont effectivement à ta plume, mais certainement pas à ton teint.
    Et non tes idéaux ne sont pas surannés. En tout cas pas concernant la fidélité.  

  3. # Anonymous Jonas de Dieppe

    Et le pire fardeau ne serait pas de le vivre, ni de se le formuler sans cesse, ni de l'écrire pour que ce soit lu, su, exorcisé, mais le pire nous empoisonnerait véritablement quand parmi eux l'on saurait vain d'avance le face à face, le moment de leur faire entendre notre regard de rejeton.  

  4. # Anonymous Peewee Peeper

    'tain, m'suis pété un ongle...  

  5. # Anonymous Bochat

    Famille haïe, Famille chérie.
    Tu n'es pas seul à avoir une certaine aversion pour ta grand-mère.
    Suis les conseils de Jake, tu mérites mieux que la grise mine des presque-morts.  

  6. # Anonymous Ze F.

    deanna> c'est un exercice un peu complaisant, mais quand j'écris sur le bonheur, ça confine très vite au ridicule!
    jake> je crois que mon teint va mieux... non?
    jonas> et ainsi, sigmund inventa le divan pour leur crier dessus par personne interposée.
    piwipipeure> ma pauvre. Appelle-moi qu'on en discute.
    bochat> oui, mais moi je ne bronze pas! It's an unfair world  

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